Chronique vétérinaire : les diarrhées néonatales chez le poulain
(mise en ligne lundi 26 juin 2007)
Entité majeure des pathologies néonatales, le syndrome
diarrhée touche environ 80 % des poulains avant l'âge de
6 mois. Toutefois, assez souvent, les symptômes cliniques présentent
une expression modérée et rétrocèdent spontanément.
Les diarrhées néonatales sont un exemple de maladie complexe
dont l'apparition résulte d'interactions entre des facteurs propres
à l'animal (statut immunitaire, âge...), des facteurs environnementaux
(alimentation, logement...) et les agents pathogènes qui demeurent
nombreux.
En effet, dans environ la moitié des cas, un agent infectieux
est responsable des désordres intestinaux du poulain. Les rotavirus
constituent vraisemblablement la cause la plus fréquente de diarrhées
chez le poulain, notamment avant l'âge de 3 mois. Ce virus présente
une très forte contagiosité. La diarrhée est très
généralement aqueuse et les symptômes manquent de
spécificité : anorexie, abattement, douleurs abdominales
et parfois hyperthermie. La diarrhée rétrocède
généralement en 3 à 5 jours et comme pour la majorité
des pathologies virales, aucun traitement spécifique n'est disponible.
Le risque majeur est la propagation de l'infection aux autres poulains
de l'effectif : les rotavirus sont en effet particulièrement
résistants dans le milieu extérieur, ils peuvent donc
se maintenir dans un élevage d'une année à l'autre
si aucune mesure de désinfection n'est entreprise. Les autres
étiologies infectieuses sont principalement bactériennes
et parasitaires. La rhodococcose, affection bactérienne pulmonaire
répandue, peut également se manifester par des épisodes
de diarrhées. Les parasites présents chez le poulain,
grands strongles et ascaris, ne semblent pas avoir de rôle direct
dans l'apparition des diarrhées mais leur présence pourrait
favoriser le développement d'infections bactériennes ou
infectieuses.
Parmi les causes non infectieuses, citons l'apparition transitoire
de diarrhée qui survient entre 7 et 12 jours après le
poulinage. Cette diarrhée, aussi appelée "diarrhée
des chaleurs de lait", est liée à des modifications
de la flore intestinale du poulain. Une consommation excessive de sable,
terre, crottins crée des irritations de la muqueuse intestinale
et de ce fait, prédispose aussi à l'apparition de troubles
digestifs. Enfin, les ulcères gastriques, très fréquents
chez les jeunes poulains, accompagnent souvent les épisodes de
diarrhée. Leur présence doit être suspectée
lors de baisse de l'appétit et de l'état général
et de perte de poids.
Retards de croissance, coûts des traitements voire mortalité
: les diarrhées présentent parfois des conséquences
fâcheuses ! Citons quelques mesures simples à mettre en
place pour limiter l'épidémie de diarrhée. Tout
épisode de diarrhée doit être considéré
comme une affection contagieuse : les poulains et leur mère doivent
donc être isolés dans un box ou une pâture à
l'écart du reste de l'effectif.
La quarantaine, réalisée le plus précocement possible,
se prolonge de deux semaines après l'arrêt des symptômes.
On veillera également à limiter le nombre de personnes
en contact avec le groupe d'animaux malades. Les soins au poulain diarrhéique
seront effectués en dernier. Des pédiluves pourront être
placés devant les boxes. Dans les paddocks, le retrait régulier
des crottins permet de limiter la contamination massive du milieu extérieur.
Enfin, la vermifugation de la jument dans les jours qui suivent le poulinage
est efficace contre l'infestation précoce du poulain. Celui-ci
pourra par la suite à son tour être régulièrement
vermifugé. Le respect de ces mesures prophylactiques est le prix
à payer pour voir s'infléchir l'incidence des épisodes
de diarrhée dans un élevage atteint.
Joannès Debot (ENVL)