Christian Baillet : au bonheur des chevaux
(mise en ligne vendredi 22 juin 2007)
Les chevaux de Christian Baillet
sont généralement de tous les coups du haut niveau. Le banquier parisien
entretient aussi une pépinière de champions issus des meilleures origines.
Un propriétaire et éleveur atypique pour qui le mot confiance est une
valeur sûre

Ubiaze, la jument base de l’élevage.
C’est un gagneur, Christian Baillet. « La moindre partie
de cartes ou de golf, dit Denise son épouse, c’est pour gagner. » C’est
aussi un propriétaire très apprécié des cavaliers et des professionnels
qui le côtoient.
« Si tous étaient comme lui, dit Philippe Rozier, nous n’en serions
pas là où nous sommes en ce moment dans le sport de haut niveau. C’est
un propriétaire ‘‘normal’’ qui nous fait confiance, qui investit pour
le sport et qui nous laisse faire notre travail. L’élevage n’est pas
son métier, mais il est passionné comme un éleveur qui garde ses bons
chevaux pour aller au plus haut niveau. »
Point de vue identique de la part de Michel Ruel, du Haras de Blondel,
en charge de l’insémination des
juments : « Quand les choix d’étalons
sont faits, Christian nous fait totalement confiance. C’est un plaisir
de travailler avec cet homme-là. Si tout le monde avait la même attitude
que lui dans ce métier, ça irait beaucoup mieux ».
Michel Ruel insiste
sur un autre trait du caractère : la générosité. « Je me souviens d’un
poulain de Désir du Chateau qui ne correspondait pas à ce que l’on attendait
de lui. Il l’a donné à une jeune cavalière qui commençait en concours.
Vous en connaissez beaucoup qui ferait cela ? »

Toscanini (Jadis de Toscane et Insolente)
avec sa porteuse.
La passion des Baillet pour les chevaux est très ancienne.
Si Christian n’a jamais pratiqué la compétition à haut niveau, il a
toujours entretenu un rapport privilégié avec les chevaux à fort potentiel,
rapport certainement favorisé par sa fille Isabelle, titulaire pour
le plaisir d’une deuxième catégorie et vice-championne en titre des
cavalières. C’est par elle que s’est faite la rencontre avec les cracks
cavaliers de Bois-le-Roi. « Nous étions au club de Versailles, raconte
Christian Baillet. Quand Isabelle a voulu sortir en compétition et se
perfectionner, nous sommes allés chez les Rozier. » Les clients sont
devenus amis à la faveur d’une certaine Ubiaze. Née dans les Ardennes
à Pourru-aux-Bois chez Michel Legrand, elle fut acquise à 2 ans par
Pierre Gillet et confiée à José Nicolas, cavalier de Champagne-Ardenne,
qui gagna avec elle quelques B1 à 6 et 7 ans. Philippe Rozier l’acheta
en co-propriété à cette époque puis la revendit à Christian Baillet
peu après. Elle est aujourd’hui poulinière à Irreville, propriété des
Baillet en Normandie, à la tête d’une belle descendance. Ubiaze, une
Anglo de complément par Pavo Réal PS et Lychée PS - proposée sans succès
à la vente de Reims à 3 ans - tourna en classe A et en internationaux
sous la selle de Philippe Rozier. En 1995 elle avait un ISO de 160.
Des rapports de confiance
Christian Baillet fait confiance à ses cavaliers
et plus généralement à tous ceux qui l’entourent
dans le domaine du cheval. « J’ai autour de moi des gens
compétents, je prends les avis mais c’est toujours moi
qui décide. J’assume mes choix, même quand je me
trompe. Je ne rejette jamais la responsabilité sur quelqu’un
d’autre. »
Dans la vaste et belle propriété d’Irreville où
Mme Baillet est en forte empathie avec ses protégés, Fabrice
Mouchet, régisseur du domaine, et Michel Péchaux, responsable
de l’élevage, veillent au grain. Les anciennes stars des
pistes sont là avec leurs petits. Il y a Make My Day, 22 ans,
une jument suédoise par Cortez qui tourna en internationaux avec
Philippe Rozier, Roxane (Prince de Thurin) aux 80 victoires, l’ancienne
jument de concours d’Isabelle.
Diamant de Semilly, Apache d’Adriers, Dollar du Murier, Kannan,
Baloubet du Rouet, Idéal de Prissey, Flyer, Voltaire, Jadis de
Toscane sont les étalons préférés de la
maison qui servent en transfert ou en insémination les juments
qui ont tourné ou tournent en concours : Electra d’Amaury
(Quidam de Revel), la jument avec laquelle Isabelle fut vice-championne
des cavalières l’an dernier, Chanel de la Côte (Rosire)
et Hot Shot (Grannus) chez Jacques Bonnet, Insolente (Darco), Héritière
d’Adriers (Apache) et Diane du Landais (Benroy) chez Philippe
Rozier.
Côté étalons, Gracieux Ardent est chez son champion
de France Pro 1 Jacques Bonnet, ainsi que Jani de Blondel (Paladin des
If), un des derniers produits de Phédra Ratelière. Idéal
de Prissey (Le Tot de Semilly - Amarpour) et Jadis de Toscane (Quidam
- Laudanum), les champions de France à 5 et 6 ans, sont chez
Philippe Rozier. Lauterbach (Landor S), qui a gagné les 6 ans
à La Baule et confirmé son potentiel à Saint-Tropez,
et Randgraff (Burgraff) viennent d’intégrer l’écurie
de Bois-le-Roi.
Tous les poulains naissent à Irreville. Ils y restent jusqu’à
3 ans. Débourrés par Fabrice Mouchet, ils sont ensuite
répartis chez les cavaliers : Philippe Rozier, Jacques Bonnet,
Jean-Charles Gayat et Anne-Laure Gauthier.
Retour à la maison en fin de carrière. « On les
garde pour l’histoire qu’on a vécue avec eux, pour
les souvenirs et pour leur offrir une fin de vie heureuse. Nous aimons
faire les choses bien », affirme Denise Baillet. Difficile en
effet de trouver une meilleure attention sans pour autant verser dans
l’excès. « Il n’y a pas que les chevaux dans
la vie », dit Denise. Christian acquiesce.
Un signe qui ne trompe pas et qui est significatif des méthodes
d’élevage : tous les poulains sont manipulés très
tôt et n’ont absolument aucune crainte de l’homme.
La confiance règne à tous les niveaux.
Etienne Robert