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Aymeric de Ponnat : la consécration
(mise en ligne 8 juin 2007)

Aymeric de Ponnat/Jubillée d’Ouilly : tout près du groupe 1
de l’équipe de France. (Photo Etienne Robert au CSI de Bourg-en-Bresse)

Il a dû attendre de longues années, après avoir former patiemment, dresser intelligemment et travailler rigoureusement, pour entendre cette phrase : « Mais d’où sortez vous ? », la question la plus courante des journalistes le 19 mai au CSI*** d’Eindhoven. Aymeric y a remporté le GP avec Jubilée d’Ouilly et s’est classé 2e du Derby avec Kronos d’Ouilly dans un rythme impressionnant. Le week-end dernier au CSI**** de Bourg-en-Bresse, il était le seul Français au barrage et a fini 5e, devant notamment Jessica Kürten/Galopin de Biolay.
« Je partais en dernière position, j’ai donc voulu courir. J’ai fait deux fautes mais je suis très content car Jubilée, qui a aussi remporté la grosse du premier jour, a confirmé une fois de plus à ce niveau. » Kronos était lui aussi en pleine forme : « Je rate la victoire du Petit Grand Prix à quelques centièmes près et je suis 11e avec Lesbos d’Ouilly ».

La force tranquille

Laurent Elias a repéré Aymeric il y a deux ans. Il appréciait déjà cette force tranquille qui sommeillait en lui. « Ce que je préfère chez lui, c’est sa volonté de progresser et sa détermination en concours car il arrive toujours à être très gagnant tout en restant serein. C’est pour cela que j’ai proposé son nom à Gilles Bertrand de Ballanda pour la Coupe des Nations de Linz où ils ont fini 5es par équipe. En individuel, Aymeric a été le plus rapide des 4 pts dans le GP (4e place). Il a aussi fini 2e d’une 1,45 m avec Kronos et 2e avec Lesbos de la grosse épreuve des 7 et 8 ans. Aymeric sait gérer son écurie et dispose de tous les ingrédients pour réussir à ce niveau. Il représente tout à fait la politique que nous voulons mener, c’est-à-dire tester les jeunes potentiels sur les internationaux. On le prône depuis longtemps mais le seul moyen d’évoluer, c’est d’aller se confronter à l’étranger. » Aymeric ne sera pas à Franconville le 24 juin mais sur un CSI en Allemagne.

Les ‘‘d’Ouilly’’ ont été très demandés mais ses propriétaires ne souhaitent pas vendre Jubilée afin de conserver la souche, et souhaitent pour le moment voir évoluer au plus haut niveau Kronos, qui insémine en congelé chez sa propriétaire vétérinaire Alexandra Lebon.
Il est rare de voir s’illustrer à haut niveau des chevaux du même élevage. Les d’Ouilly sont nés à Ouilly-du-Houley dans le Calvados chez Alexandra et François Xavier Lebon. Ces éleveurs passionnés ont commencé leur élevage il y a une dizaine d’année et ont toujours confié leurs chevaux dès 4 ans à Aymeric. Jubilée d’Ouilly (Palestro II) a pour mère Gardenia, une Hanovrienne par Graphit qui est également à l’origine de Kronos d’Ouilly (Uzelien) et de Lesbos d’Ouilly (Le Tot de Semilly), 2e et 4e d’épreuves à 1m35 à Eindhoven. Elle a été achetée en Allemagne sur ses performances et ses origines, et a très bien tourné en Espagne puisqu’elle était pré-sélectionné pour Séoul.
« Nous savions Kronos aurait du potentiel, c’est pour cela que nous l’avons préservé et préparé pour ce genre d’épreuve. Jubilée elle ne cesse de nous épater. Je ne pensais pas qu’elle aurait eu tous les moyens pour courir à ce niveau, je pensais qu’elle aurait été une très bonne jument de vitesse. Ces trois chevaux sont extrêmement concours, très respectueux avec une très bonne technique des antérieurs, et comme ils sont tous près du sang, ils savent aller vite. »

Une réussite commune

Aymeric a appris à monter à l’âge de 5 ans chez Alain Hinard avec ses cinq frères dont Gautier, cavalier pro jusqu’en septembre dernier (il travaillait pour Bruno Souloumiac mais se consacre désormais à son entreprise familiale). Vianney est vétérinaire à Genainville (95) et Evrard tient avec son épouse une écurie de propriétaire de 75 boxes au Mesnil-le-Roi (78). Aymeric est très soutenu par sa famille, moralement ou financièrement par Evrard (climatisation Igienair). Sa femme Dann s’occupe des soins.
« Je n’arriverai pas à tout cela sans elle, précise ce Vendéen d’origine mais Normand d’adoption. Je ne serais pas non plus à ce niveau si je n’avais pas rencontré le Dr Pradier qui m’a énormément fait évoluer sur le plat. Former mes chevaux me permet de les connaître par cœur, comme c’est le cas avec Jubilée qui est très chaude. Je crois beaucoup dans la notion de couple. »
En 1996, après un Bac littéraire, Aymeric loue des boxes pendant un an chez Alexis Pignolet où il monte les chevaux ‘‘d’Elle’’ et ceux de Fernand Lerrede. Il loue ensuite des boxes chez Xavier Ribard, le naisseur de Cor de la Bruyère, puis reste trois ans chez Jean-Pierre Vilaut. « Puis j’ai trouvé il y a quatre ans à Montivilliers, près du Havre, cette propriété de 44 boxes composés d’un manège, d’une carrière, d’un marcheur, le tout très bien goudronné et clé en main. »
La spirale de la réussite lui a apporté trois nouveaux chevaux, mais il ne souhaite pas créer une grosse structure. Il ne veut pas dépasser le quota de 25 chevaux à l’entraînement afin de les travailler lui-même. On retrouvera Aymeric à Deauville ce week-end ou il courra avec Lesbos et Kronos d’Ouilly. Jubilée restera se reposer en attendant son heure allemande.

Jennifer Decamp